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Un journal du monde
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vers ~ 8, ~ 6 « av. J.C. » Naissance du Christ à Bethléem A une religion qui était encore essentiellement nationale, on substitua une religion capable de devenir universelle. A un Dieu qui tranchait sans doute sur tous les autres (dans le judaïsme) par sa justice en même temps que par sa puissance, mais dont la puissance s’exerçait en faveur de son peuple et dont la justice concernait avant tout ses sujets, succéda un Dieu d’amour et qui aimait l’humanité entière. Henri Bergson. Les deux sources de la morale et de la religion. La séquence chrétienne représente le moment où l’homme se libère de la nécessité de recourir à l’immolation de boucs émissaires pour clore les conflits et les crises communautaires, le moment où l’homme devient conscient de l’innocence de ces victimes. Pierpaolo Antonello. João Cezar de Castro Rocha Introduction à Les Origines de la Culture. René Girard Desclée de Brouwer. Mars 2004 Jésus Christ a révélé au monde cette vérité que la patrie n’est pas tout, et que l’homme est antérieur et supérieur au citoyen. Ernest Renan L’opération essentielle qui définit le catholicisme est le changement de substance de deux produits élaborés par l’industrie de l’homme … Or pain et vin sont blé et vigne, et procédés de panification et de vinification. Tout ceci définit sur le globe une certaine région qui se dispose autour du bassin de la Méditerranée : région dont les limites sont celles de la vigne et du blé … Paul Valery Etude sur le vin La Nouvelle Alliance arrondit les angles ; après la nuque raide, le col de cygne. Au Dieu dur des Armées, qui se venge et punit (« Ta droite, ô Éternel, a écrasé l’ennemi »), succède un doux qui pardonne et désarme. Voici des fleurs sur les tombes, et non plus de petites pierres. Voici qu’arrive du convivial dans le désert. Des cruches de vin et du pain sur la table. De la Méditerranée en Arabie. Ou plutôt y a-t-il balancement entre le pelé et le verdoyant grâce à cette providence géographique qui a fait naître et prêcher Jésus sur le rebord du plateau désertique, à l’est du Jourdain. Dans l’effondrement de la mer Morte, se glisse une bande verte de cent cinquante kilomètres de long et de quinze de large, zone cultivée, accueillante au sédentaire et où la culture du blé est possible. Jésus s’est imposé l’épreuve du désert, mais sans se faire ermite. Il revient vite aux vergers, fruits et palmes. Il s’est glissé dans ce corridor mitoyen entre les peuples de la mer et les hallucinés du caillou, entre la consonne rauque et les vocalises qui roucoulent autour des lavoirs. Contrairement à ses prédécesseurs, Jésus n’a pas l’esprit notaire. Il jase, digresse, réfléchit à voix haute. La parabole est moins rigoriste que la Loi. Les protestants qui seront les premiers à adopter le principe du Sacerdoce Universel et le pastorat féminin (en France dès les années 1930) sont aussi les tenants de la Parole contre, tout contre l’Écriture. C’est Jésus qui parle entre les lignes, insistent-ils, suivant Luther (« Christ est le seigneur de l’Écriture, celle-ci en est le serviteur »). …/… Le phénomène chrétien vu dans le temps présente une base circulaire, archipel de sectes et mouvances contradictoires, qui s’est resserré en pointe au fil des siècles, sous la main de fer des empereurs et des Pères de l’Eglise, concile après concile. La pluralité des communautés a précédé l’unité de l’Eglise, comme les hérésies ont précédé et permis la fixation du dogme. Le bâton est devenu droit (ortho-doxe) par un aller-retour de torsions en sens contraire, au travers d’un incessant bras de fer entre fractions sécessionnistes (Alexandrie, Antioche, Carthage, etc) Régis Debray Dieu, un itinéraire Odile Jacob 2001 ~ 4 Hérode meurt. Avec l’agrément de Rome, ses fils se partagent le royaume : Hérode Antipas en Galilée, Philippe en Iturée, l’aîné Archelaos à Jérusalem. Lorsque ce dernier sera détrôné, la Judée deviendra la première province procuratorienne. Outre les charges financières, le procurateur avait les pouvoirs de gouverneur civil et militaire, sous le contrôle du légat de Syrie. L’an 0 Il a été déterminé par Denys le Petit, en 525. Il avait calculé que le début de la vie publique du Christ se passait en 782 après la fondation de Rome. Ayant pris à la lettre l’Evangile de St Luc : Et Jésus, lors de ses débuts (de vie publique…), avait environ trente ans…il déduisit 29 ans accomplis de 782 pour fixer ainsi le début de l’ère chrétienne, assimilé à celui de la naissance du Christ, soit 753 ans après la fondation de Rome. Il y a quelques repères historiques pour situer au mieux la vie du Christ : le début de la prédication de Jean Baptiste qui se passe l’an quinze du principat de Tibère César - Luc - et, selon la Bible de Jérusalem (p.1356 note c) Jésus est alors âgé d’au moins trente trois ans, peut-être même trente cinq ou trente six. (mais la Bible ne s’explique pas là dessus…elle affirme…) La Pâques[1] a coïncidé avec le sabbat deux fois dans ces années-là : le 8 avril 30 et le 4 janvier 33…mais cette dernière date est trop tardive. La date du recensement qui provoqua le voyage de Joseph et Marie de Nazareth à Bethléem fut elle aussi remise en question : Or, en ces jours-là, parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de toute la terre. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie… Luc. Selon la Bible de Jérusalem, le plus vraisemblable est que ce recensement eu lieu vers 8-6 av JC, en relation avec un recensement général de l’empire, et qu’il fut organisé en Palestine par Quirinius chargé pour cela d’une mission spéciale. Jésus est né certainement avant la mort d’Hérode le Grand (4 av JC), peut-être dès l’an 8-6. Denys le Petit, en 525, ne pouvait pas disposer de ces informations… et lorsque ces dernières sont apparues, il aurait été d’une incalculable difficulté que de les corriger, donc on garda l’erreur… ce qui n’empêche personne de dormir. Les premiers écrits sur la vie du Christ le seront au plus tôt vingt ans[2] après sa mort, rédigés en grec (Jésus, lui, parlait araméen). Ces dates sont celles estimées par les recherches récentes, la tendance générale actuelle étant d’estimer les évangiles plus anciens qu’on ne le disait au XIX° siècle, donc, plus proches de la vie du Christ, ce qui diminue considérablement la largeur de la palette des interprétations possibles. Epîtres de St Paul : de 50 (aux Thessaloniens) à 58. Evangile de St Matthieu, le premier à avoir été écrit, en araméen, vers 55-60, puis traduit en grec vers 70. Evangile de St Marc, composé à Rome vers 50, en grec. Evangile de St Luc, compagnon de Paul, écrit en Syrie entre 58-60 et 80, en grec. Evangile de St Jean, écrit entre 90 et 100 probablement en Asie Mineure. La première attestation non chrétienne de l’existence de Jésus est de 93 - 94, de Flavius Josèphe historien juif, dans son Testimonium Flavianum. Du coté romain, Pline le Jeune, Tacite et Suétone en parlent aussi. La population de toute la terre serait d’environ deux cent cinquante millions. Formation de l’étang de Mauguio, au nord-ouest de la Grande Motte. 5 Les Romains s’aventurent dans le nord : la flotte d’Auguste, commandée par Tibère, partant des bouches du Rhin, navigua à travers l’Océan, en direction des pays du soleil couchant et jusqu’aux confins des Cimbres ; ni par terre, ni par mer, aucun Romain avant ce temps n’y était parvenu. Auguste Inscription d’Ancyre 9 Hermann, ou encore Arminius, son nom latinisé, chef des Chérusques, qui, pour avoir servi dans l’armée romaine plusieurs années, la connaissait bien, prend la tête de plusieurs tribus de Goths - Chérusques, Marses, Chattes, Bructères - pour piéger les trois légions romaines de Quinctilius Varus à Teutoburger Wald, (dans l’actuelle Allemagne du nord). Attirées dans le piège qu’était pour elle une forêt dense, les légions romaines ne purent déployer leur stratégie ; au bout de trois jours de bataille, elles étaient anéanties - cela représente à peu près 20 000 hommes - et Varus se suicida. Les fouilles les plus récentes situent le lieu de la bataille près de Kalkriese, dans le massif du Wiehengebirge. L’empereur Auguste en fit longtemps des cauchemars et les Romains ne chercheront plus jamais à conquérir la Germanie, qui ne sera pas romanisée. Hermann deviendra le Vercingétorix allemand, à la nuance près - mais elle est de taille -, qu’il est resté vainqueur, même s’il fut tué plus tard dans un combat contre les Romains. Rhin et Danube vont rester les frontières de l’empire. En deçà, les opérations de pacification ne manqueront pas de l’Espagne à l’Asie Mineure. Début ère chrétienne Le parchemin devient courant en occident. Jusqu’alors c’est le papyrus qui avait été le support principal de l’écriture ; sa texture ne permettait pas d’autre présentation qu’en rouleau, - volumen - dont la longueur moyenne avoisinait les douze mètres, (chaque rouleau ne pouvant guère contenir plus de sept cent cinquante lignes) certains pouvant atteindre en Egypte, jusqu’à quarante cinq mètres : pas facile d’entreprendre des recherches sur pareil support : pas de pages numérotées, pas d’index, pas de titres. Le nom de l’auteur était rarement mentionné, celui du copiste plus souvent. Apparût alors le codex : ensemble de pages reliées, proche de ce que nous appelons aujourd’hui un livre : plus maniable, plus durable, plus fourni et plus facile à ranger : il suffisait de plier - ce qui était possible avec le parchemin, non avec le papyrus - et de coudre un certain nombre de feuilles entre elles. Pour un manuscrit de quatre cents feuillets, quantité courante, il fallait environ une centaine de moutons. Dès lors le codex prît naturellement le pas sur le papyrus et les livres de valeur furent très rapidement transcrits sur vélin. 9 Près de deux mille ans avant Mao, les Chinois s’offrent, avec Wang Mang un galop d’essai en socialisme : Une vieille impératrice douairière, veuve de Yuan-ti, confia le pouvoir à son propre neveu, lettré remarquable mais politicien d’une ambition effrénée, le célèbre Wang Mang. Celui-ci maintint encore pendant quelques mois un empereur fantôme, un enfant de neuf ans, P’ing-ti (1 -5 de notre ère), auquel il fit ensuite boire une coupe de poison, après quoi il se proclama lui-même Fils du Ciel (10 janvier de l’an 9). Wang Mang qui usurpa ainsi le pouvoir est une des personnalités les plus intéressantes de l’histoire de la Chine. Sans doute l’histoire officielle écrite par la suite à la louange des Han restaurés l’a-t-elle condamné sans appel : il est l’usurpateur type, en même temps que l’utopiste par excellence. Ce que nous dissimulent mal les annalistes postérieurs, c’est que son règne (années 9 à 22) marque le triomphe de tout un parti de lettrés. Aussi bien était-il nourri de leur enseignement et partageait-il leurs théories - les vieilles théories de Mencius - sur le gouvernement patriarcal et le partage équitable des terres entre les cultivateurs. Wang Mang décréta, dans cet esprit, une série de réformes, fort remarquables du reste, car elles correspondaient à une indéniable crise sociale. Depuis l’avènement des Han, les grands domaines s’étaient dangereusement accrus ; la classe des petits propriétaires avait diminué d’autant pour augmenter le nombre des clients et des esclaves. Dès le milieu du ~II° siècle, le grand lettré Tong Tchong-chou, « accusait les usurpations de terres par les grandes familles d’être la principale cause de la misère des paysans et il préconisait comme remède la limitation de l’étendue des propriétés privées ». C’est à quoi on arriva sous l’influence de Wang Mang dès l’an 6 de notre ère. « Personne, note Henri Maspero, n’eut plus le droit de posséder plus de 30 k’ing de ming-t’ien (environ cent cinquante hectares), sous peine de confiscation de l’excédent. » Cette loi, promulguée à la veille même de l’avènement de Wang Mang, ne semble d’ailleurs pas avoir été sérieusement appliquée. Plus radicale fut la réglementation de Wang Mang devenu empereur en l’an 9. Il est vrai que la crise s’aggravait. Aux époques de famine, les pauvres gens vendaient en masse leur patrimoine et se vendaient eux-mêmes comme esclaves avec leurs femmes et leurs enfants. Wang Mang entendit lutter contre cet asservissement de la population rurale, « ramener le temps où chaque homme possédait cent acres de terre et payait comme impôt à l’Etat la dîme en nature de ses revenus. Depuis lors, ajoutait-il en mettant le fer sur la plaie, les puissants ont acquis d’immenses propriétés, on voit leurs champs s’aligner par cent et par mille, tandis que les pauvres n’ont même plus le terrain suffisant pour y planter une aiguille. De plus, on a institué des marchés d’esclaves où l’on vend ceux-ci comme des bœufs et des chevaux, ce qui est manifestement contraire à la volonté du Ciel et de la Terre, qui ont donné à l’homme une nature supérieure à celle des animaux. » En conséquence, Wang Mang, reprenant en l’an 9 de notre ère une vieille conception du philosophe Mencius, octroya à chaque famille de huit personnes une propriété de cent méou soit cinq hectares, mais en même temps obligea les propriétaires des domaines plus vastes à distribuer le surplus à leur parents et voisins. Du reste, pour empêcher de reconstituer les grands domaines, Wang Mang déclara l’Etat seul propriétaire et interdit toute modification à ce statut, donc tout achat ou vente de terres comme tout trafic d’esclaves, l’État ayant seul le droit d’en posséder. Du reste, la loi de l’an 9 fut effectivement appliquée, mais elle occasionna de tels troubles qu’il fallut au bout de trois ans la rapporter et rendre la liberté au commerce des terres. « Mais, même réduites, note Henri Maspero, à un maximum de cent cinquante hectares, les propriétés étaient encore trop grandes pour que le propriétaire pût les cultiver lui-même. Il les faisait travailler sous sa direction par des esclaves ou les louait à des fermiers, sorte de métayers qui partageaient de moitié avec lui le produit de la récolte. L’un et l’autre mode d’exploitation paraissent avoir été également fréquents, car si le second est un thème normal des déclamations des lettrés, le premier a amené des mesures législatives : en l’an ~ 6, l’administration avait essayé de le rendre impossible en réglementant le nombre des esclaves suivant le rang des maîtres. Les simples particuliers ne purent en conserver plus de trente, nombre qui était peut-être large pour le service familial, mais qui était évidemment insuffisant pour l’exploitation d’une grande propriété. La différence du mode d’exploitation devait tenir à la classe des propriétaires : les fonctionnaires, que leur charge forçait à être toujours absents, devaient faire exploiter par des fermiers ; les particuliers, au contraire, exploitaient au moins partiellement au moyen d’esclaves qu’ils dirigeaient eux-mêmes.» En somme, la tentative de Wang Mang pour supprimer l’esclavage privé, pour supprimer aussi les grands domaines paraît avoir rapidement échoué. Échoua également sa tentative (en l’an 10 de notre ère) pour réglementer toute l’économie. Il institua une série de fonctionnaires préposés à cet effet : surveillants des marchés, pour fixer chaque trimestre le prix maximum de chaque denrée ; égalisateurs des cours pour acheter au prix courant les marchandises (grains, soieries, tissus de toile) qui n’avaient pas trouvé acquéreur. Ces agents gardaient en magasin le stock invendu et le remettaient en vente quand le manque d’une denrée donnée menaçait de provoquer une hausse. Wang Mang alla jusqu’à créer des sortes de banquiers officiels qui prêtaient -au taux (d’ailleurs fort lourd) de 3 % par mois. D’autre part, l’impôt fut basé sur la dîme du bénéfice. Indépendamment des agriculteurs au sujet desquels le calcul, à chaque récolte, était relativement facile, l’État exigea une déclaration de profession des divers métiers, - chasseurs et pêcheurs, éleveurs de bestiaux ou de vers à soie, filateurs et tisserands, ouvriers en métaux, marchands, médecins, devins et sorciers -, tous devant également déclarer leurs recettes et en reverser un dixième à l’État. Wang Mang procéda aussi à plusieurs refontes successives de la monnaie (d’où la quantité surprenante de pièces que, pour un règne si bref, on retrouve à son nom), refontes au cours desquelles il ne cessa d’en diminuer le titre légal. A cet effet, il décréta le monopole de l’or et mit l’embargo sur le cuivre. Que faut-il penser de Wang Mang ? Ses réformes nous révèlent un lettré confucianiste, plus particulièrement, semble-t-il, un disciple de Mencius, théoricien hardi, peut-être quelque peu utopiste, connaissant assez mal les hommes. Son étatisme tracassier ne tarda pas à provoquer une résistance générale. Le monopole de l’or avait ruiné la noblesse. Le cours forcé des nouvelles émissions monétaires, de titre inférieur, joint à l’obligation de reverser pour le même prix à l’Etat les anciennes monnaies de meilleur aloi, finirent par entraver le commerce. Enfin, le monopole de l’Etat sur les coupes forestières et sur les pêcheries lésait gravement les paysans. L’économie étant ainsi désorganisée, dès que survinrent de mauvaises récoltes (et nous savons qu’il était des provinces où elles revenaient périodiquement) la famine ravagea des régions entières. Des jacqueries éclatèrent, notamment au Chan-tong, province surpeuplée dont la fertilité ne résiste pas à quelques mois de sécheresse ou d’inondations et qui, de ce fait, a toujours servi de foyer aux agitations sociales comme aux sectes d’agitateurs ou d’illuminés taoïstes. Or, en l’an ~ 3, le Chan-tong subit une telle sécheresse que les foules affamées se mirent à parcourir le pays en invoquant les divinités taoïstes. En l’an 2 de notre ère, autre danger : le fleuve Jaune rompit ses digues, inondant d’autres districts du Chan-tong et du Ho-pei. En 14, la famine était telle que les paysans devenaient anthropophages. La misère provoqua la révolution. Un chef de brigands réunit les jacques en bandes organisées, en leur enjoignant, comme signe de reconnaissance, de se teindre les sourcils en rouge. Les Sourcils Rouges, appuyés par la sympathie des populations, défirent les troupes régulières et se trouvèrent bientôt maîtres du bassin inférieur du fleuve Jaune (an 18 de notre ère). Partis du Chan-tong, ils s’emparèrent du pays entre le T’ai-chan et le Houai-ho d’où ils pénétrèrent au Ho~nan dans le dessein d’aller de là au Chen-si, piller la capitale impériale, Tch’ang-ngan. Surtout, Wang Mang avait contre lui d’être un régicide et un usurpateur. Visiblement, le mandat céleste lui avait été refusé. Du reste, le légitimisme n’était point mort. La dynastie des Han, au pouvoir depuis deux siècles, avait laissé d’éclatants souvenirs d’ordre et de gloire. Devant l’échec des réformes de Wang Mang, devant, aussi, le péril social constitué par la jacquerie des Sourcils Rouges, les légitimistes se soulevèrent. Divers princes han se mirent à leur tête, en deux groupes, d’ailleurs distincts. Deux de ces princes, Lieou Sieou, et Lieou Yin, prirent les armes à Nan-yang, dans le sud-ouest du Ho-nan; un autre, Lieou Houan, au Hou-pei. Les deux groupes eurent la sagesse de se réunir en acceptant Lieou Hiuan comme chef, en 22, puis ils marchèrent sur Tch’ang-ngan, la capitale impériale, qui fut emportée. Wang Mang, abandonné des siens, se réfugia dans le parc impérial, au sommet d’une tour construite au milieu d’un étang. Il y fut assassiné et sa tête fut apportée aux princes han. Ainsi finit l’homme qui avait songé à bouleverser selon l’utopisme de Mencius les bases de la société chinoise (septembre-octobre 22). René Grousset, Sylvie Renault-Gatier L’Extrême Orient 1956 10 Première bibliothèque publique à Rome. 14 L’empereur Auguste crée les bases administratives de la Gaule Romaine : les anciennes cités sont remodelées en nouvelles circonscriptions, quatre provinces sont crées : Narbonnaise, Gaule aquitaine, Gaule celtique, Gaule belge. Il crée le Cursus Publicus : la Poste impériale. Son gendre Agrippa prendra en charge la construction du réseau de voies romaines. Il fit aussi établir le cadastre, le recensement, les contributions. De fait, seule la Narbonnaise sera réellement sous l’emprise romaine : elle intégrera l’actuel territoire de la Savoie, alors peuplée de Ligures, puis de Celtes Allobroges : pour éviter les côtes infestées de pirates, il fallait remonter loin au nord. Strabon d’Apamée termine une Géographie en dix sept livres (huit pour l’Europe, six pour l’Asie, un pour l’Afrique…) ; il donne l’état des connaissances sur les pays où s’était joué et se joue encore l’histoire du monde. Malgré quelques solides erreurs de jugement, telles la condamnation de Pythéas, le soutien de la thèse d’une mer Caspienne, golfe d’un océan du nord, il donne une foule de renseignements aujourd’hui disparus. Quelques décennies plus tard, les marins de l’océan indien feront bon usage du Périple de la mer Erythrée, d’auteur inconnu, qui donne une description des rivages de l’océan indien : ports, mouillages, distances, « qualité de l’accueil » etc… 15 Mort d’Auguste. Il avait soixante dix huit ans Son successeur, Tibère, prendra lui aussi le nom d’Auguste. C’est vraiment alors que le Principat, qui pouvait ne paraître jusque là qu’une magistrature exceptionnelle et temporaire, devint une institution régulière : il est entendu désormais qu’à la disparition d’un empereur, un autre doit lui succéder. Le régime impérial est ainsi stabilisé et durera plusieurs siècles Octave-Auguste en est le fondateur et par là son rôle est considérable dans l’histoire. Son nom est donné à son siècle, comme celui de Périclès ou de Louis XIV au leur, sans qu’il ait la prestance ni le prestige personnel du stratège athénien ou du monarque français ; et il le mérite car son œuvre est grande, sinon sa personne. A le comparer à d’autres Romains, un Sylla ou un César, il a moins de hardiesse et peut-être moins de génie ; mais sa discrétion prudente et cauteleuse lui a précisément permis de réussir là où ils avaient échoué. La « monarchie » vers laquelle ils tendaient et qu’ils n’avaient pu fonder, c’est Auguste qui l’a instituée, sans le nom, sans l’hérédité ; mais ces précautions étaient sans doute nécessaires pour en assurer la réalité. Son coup de maître est d’avoir installé, en le faisant accepter et même acclamer par tous, ce pouvoir monarchique qui semblait impossible dans la cité romaine. Comme Périclès, comme Louis XIV encore, il a inspiré, protégé, dirigé les lettres et les arts ; le nom de son ministre Mécène est devenu symbolique à cet égard. Enfin, au monde déchiré par de longues luttes civiles ou étrangères il a donné l’unité et la paix : on comprend que les peuples reconnaissants lui aient voué de son vivant et après sa mort des honneurs divins, car, en reportant la guerre aux frontières lointaines des contrées barbares, il a procuré à l’immense empire le bienfait de la « paix romaine » Jean Remy Palanque L’empire universel de Rome.1956 31 La Chine utilise des soufflets mus par l’énergie fournie par des moulins hydrauliques pour activer leurs fours et ainsi atteindre les 1200° à 1300°, nécessaires à l’obtention de la fonte. 36 Le diacre Etienne est probablement la première victime des persécutions : il est lapidé pour les blasphèmes qu’exprimaient sa prédication. Recruté parmi les Juifs de la diaspora, il était le chef du clan des hellénistes. 37 - 41 Caligula fait construire deux aqueducs et un cirque à Rome, embelli d’un obélisque ramené d’Egypte ; à Boulogne, c’est un phare monumental de 40 mètres de haut, 12 étages, qui éclaire le Pas de Calais : la falaise qui le porte restera en place jusqu’en 1644 : tout s’abîmera alors dans les flots de la Manche. 41 Claude récuse les violences faites aux Juifs par les Grecs d’Alexandrie. 43 Claude fait passer la Manche aux légions, écrase le roi des Trinobantes à Camulodunum (Colchester), et fait construire à Douvres un phare octogonal, toujours bon pied bon œil au XXI° siècle. On le nommera Britannicus lors de son triomphe. 49 Expulsion des Juifs de Rome sous l’empereur Claude. L’empereur Claude expulsa de la Ville les Juifs qui y fomentaient des troubles à l’instigation de Chestus. Suétone Ce dernier s’intéressera partout aux travaux publics : essai de régularisation du débit du Tibre en vidant le lac Fucin ; cela n’aboutira pas mais permettra tout de même de mettre 16 000 ha en culture ; Ostie devient le port de Rome ; nombreuses nouvelles routes en Gaule ; canal entre le Rhin et la Meuse ; colonie militaire chez les Ubiens en l’honneur d’Agrippine : Colonia Agrippina, qui deviendra Köln : Cologne. vers 50 La Corse…déjà
Oeuvres poétiques.
Sénèque garde donc un mauvais souvenir de la Corse, mais il n’aime pas non plus ce qu’il voit à Rome, et il n’est pas seul à le dire : Je vois des vêtements de soie, s’il faut appeler vêtements des tissus dans lesquels il n’y a rien qui puisse protéger le corps, ni seulement la pudeur. Une fois qu’elle les a mis, une femme jurera, sans qu’on puisse la croire, qu’elle n’est pas nue : voilà ce que, avec des frais immenses, on fait venir de pays obscurs afin que, même à leurs amants, nos dames ne montrent pas plus d’elles-mêmes dans leurs chambres qu’en public. Des bienfaits On se met à traverser toute la terre de bout en bout, et cela uniquement pour qu’une dame romaine puisse exhiber ses charmes sous une gaze transparente. Pline Dioscoride, médecin grec, écrit un traité Sur la matière médicale. On le redécouvrira au début du XVI° siècle, grâce à une version latine due à Jean Ruel et il sera alors considéré comme le père de la botanique : il affirme que si l’on veut comprendre quelque chose à la vie des plantes, il fallait les observer sur place, longuement, patiemment, et bien sûr, sans les cueillir : au XVI° siècle, c’était nouveau, car la botanique se résumait à des dissertations sur les fleurs séchées… Dioscoride a expédié en cinq livres toute la matière utile non seulement des herbes, mais aussi des arbres, des fruits, des fleurs, des sucs et des liqueurs. En tous les cas, il me semble achever mieux que personne le traité de la substance des remèdes. Claude Galien 131- 201. Les apôtres s’en vont enseigner à toutes les nations, jusqu’aux extrémités de la terre : L’Esprit nouveau, né d’un travail sur la Lettre, donnait de nouvelles lettres à poster, et des milliers de kilomètres à parcourir. L’Apôtre fut à la fois la lettre et le chemin. Au sens propre. En grec, la langue parlée par Paul et les communautés juives hellénophones du pourtour méditerranéen, Apostolès et Epistolè ont même racine. L’Apôtre est bon pour l’épître, il en est déjà une en chair et en os. C’est une lettre du Christ « écrite non avec de l’encre mais avec l’esprit du Dieu vivant ». La missive du Messie au futur adressée, en quelque sorte tatouée sur le corps de son escorte. En lavant les pieds de ses disciples avant de mourir, le Fils préparait son courrier avec humilité et prévoyance, avec un sens du détail digne de son Père dictant le montage de l’Arche sainte. En ce temps-là, rappelons-le, le message circulait au pas du messager (à cheval, en bateau, le plus souvent à pied) et qui veut aller loin ménage sa monture. Les communautés hébraïques ou judéo-chrétiennes étant dispersées, il fallait aller sur place, utiliser des envoyés de confiance, ou la poste impériale. Le plus sûr était de faire la liaison soi-même. Ainsi firent nos lettres volantes avant la mise par écrit de cette mémoire déjà collégiale, bientôt collective. Comme leur maître toujours en mouvement, nos voyageurs parlaient en marchant, en s’arrêtant sous un arbre, ou sous l’auvent d’une maison. Comme Jésus lui-même. La Parole et l’itinérance réunies d’un même pas, ils s’en vont fonder ou refonder des communautés. Paul revendique celles de Galatie, de Philippes, de Thessalonique et de Corinthe. Suivre les quatre voyages Paul dans l’espace méditerranéen (entre 43 et sa mort) donne encore fil à retordre à nos tour-opérateurs. Les routes de l’Empire auront bien servi. Un pour tous et tous pour Un, quand on a pour patrie non sa cité naissance ni un peuple particulier, mais l’ensemble du monde civilisé, cela fait beaucoup de cors au pied. Ils vont par deux, comme nos bonnes sœurs et nos gendarmes ; et quand ils se séparent, continuent la route, chacun avec son diacre. Aux quatre points cardinaux de l’œkoumène : vers Ninive, vers l’Inde, et l’Orient (Thomas et Barthélemy). Vers l’Anatolie (André et Philippe). Vers la Babylonie (Jude et Simon). Vers Antioche (Matthieu). Vers les cités ioniennes, à Éphèse (Jean, le frère de Jacques). La foi aide à faire la chaîne, et la chaîne fait foi (le destinataire de la lettre devenant spontanément ré-expéditeur). Les missionnaires se raccordent oralement à Jésus comme celui-ci l’avait fait à la Torah. « Ce n’est pas seulement à travers les villes, mais aussi à travers les villages et les campagnes que s’est répandue la contagion de cette superstition », constatera Pline en l’an 112. Mais jusqu’au II° siècle, en matière religieuse, l’Empire est tolérant, même s’il y a du mouvement dans les provinces, d’incontrôlables et inquiétants Zigzags. La première grande chasse aux subversifs aura lieu beaucoup plus tard, en 250, sous l’empereur Dèce. Les déplacements sont assez bien documentés, notamment par les Actes (Luc était lui-même un grand voyageur). Ils suivent les voies empruntées par les légions et les marchandises, et qui relient les très nombreux ancrages judéens les uns aux autres. L’entreprise apostolique peut se voir comme un bureau de centralisation et réexpédition de correspondance destiné à faire reconnaître, autant parmi les vieux croyants que les « craignant-Dieu », ces païens sympathisants de la cause juive, la messianité de Jésus. Régis Debray Dieu, un itinéraire Odile Jacob 2001 Saint Paul fait ce qu’il faut pour que la femme reste l’inférieure de l’homme, soumise et obéissante : cela va marcher pendant à peu près deux mille ans : Toute femme qui prie ou parle sous l’inspiration de Dieu sans voile sur la tête, commet une faute identique, comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu’elle se tonde ; ou plutôt, qu’elle mette un voile, puisque c’est une faute pour une femme d’avoir les cheveux tondus ou rasés… L’homme, lui ne doit pas se voiler la tête : il est l’image et la gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l’homme. Car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme, et l’homme n’a pas été crée pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance. Saint Paul. Epître aux Corinthiens Automne 60 En Angleterre, la colonisation romaine est aux mains d’un gouverneur brutal et dur ; l’administration ne fait montre d’aucune souplesse. Les Icéniens, installées dans le Norfolk, au nord de l’actuel Londres, ont perdu leur vieux roi Prasutagus qui laisse une veuve et deux fille pour héritières, ainsi que … Néron. Boudicca, sa veuve, maîtresse femme altière, grande rousse, est alors brutalisée, rouée de coups : c’est le début d’une révolte qui va coûter très cher aux deux camps. Camulodunum, capitale administrative, ville ouverte, sans murailles, est prise par une armée de rebelles, forte, dit-on, de 120 000 hommes, laquelle va poursuivre ses conquêtes au cours desquelles périront 70 000 romains et alliés, pour affronter finalement le gouverneur Paullinus près de Towcester, en plein centre de l’Angleterre : les Romains prennent le dessus, faisant 80 000 morts dans les rangs Bretons. Boudicca ne s’en relèvera pas. La reprise en main sera impitoyable mais un gouverneur plus souple sera nommé. Boudicca va devenir héroïne nationale : on lui érigera une statue très conquérante et guerrière proche de Big Ben. 18 07 64 Rome brûle. Le feu prend près du grand cirque : il durera neuf jours. Douze mille immeubles de rapport furent détruits, les morts se comptèrent par milliers, les sans-abri, dans une ville d’un million d’habitants, furent deux cent mille. Alors survint une catastrophe (fût-elle due au hasard ou à la malignité du prince, on ne sait) ; en tout cas, de toutes celles que fît subir à notre ville la violence des flammes, il n’y en eût pas de plus grave et de plus horrible. …pour faire taire la rumeur infamante que l’incendie avait été ordonné par l’empereur lui-même…Néron supposa des coupables et infligea des tourments raffinés à ceux que leurs abominations faisaient détester et que la foule appelait chrétiens Tacite. Annales. Longtemps, très longtemps, Néron passa pour cruel, vaniteux et violent ; il avait fait assassiner sa mère Agrippine et son demi-frère Britannicus. L’histoire la plus récente modère quelque peu ces superlatifs et sa responsabilité dans l’incendie de Rome ne reste qu’une rumeur. Les oppositions furent nombreuses, certaines déjouées et réprimées, mais l’amenèrent finalement à « se faire suicider » par un esclave affranchi le 9 juin 68 : quelques jours plus tôt, le sénat l’avait déclaré « ennemi public ». Reprenant les rêves, avant-projets, projets de bien des empereurs, il avait fait entreprendre le creusement du canal de Corinthe pour disposer d’une voie navigable entre le golfe de Salonique et celui de Corinthe. Les anciens s’en étaient déjà occupés…avec leurs moyens, tant était évident l’intérêt du projet : six ou sept siècles avant J.C., ils avaient réalisé une voie pavée sur cet isthme, dans laquelle avait été creusée deux rails parallèles, qu’on nommait le diolkos ou encore dromos : on hissait les navires sur des chariots bien solides qui restaient dans les rails pour relier les deux golfes. Muni, dit-on, d’une pelle en or, il avait inauguré les travaux que devaient poursuivre 6 000 prisonniers juifs : on ne sait pas ce qui fût réalisé, car les travaux du canal réalisé au 19° siècle empruntèrent exactement le tracé de ceux de Néron et donc en effacèrent les traces. Il avait envoyé une expédition pour « pacifier » l’Ethiopie et plus au sud, le territoire d’Axoum et encore pour reconnaître la vallée supérieure du Nil. Selon Sénèque, deux centurions, pourvus d’une escorte du roi d’Ethiopie remontèrent le fleuve jusqu’à d’immenses marécages ; les indigènes ignorent où ils finissent, et l’on ne peut espérer de le savoir jamais, tellement les eaux y sont embarrassées de grandes herbes et impraticables aux piétons et aux barques. Ces marais fangeux et obstrués ne sont navigables que pour une petite nacelle montée par un seul homme. Les deux centurions de Néron étaient probablement parvenus au Nil Blanc ou Bahr-el-Djebel, en amont du confluent du Sobat, vers 9° de latitude nord. 64 L’empereur chinois Tch’ou, de la dynastie des Han, favorise l’établissement de la première communauté bouddhiste. Trois cent ans plus tard, la Corée, puis le Japon y viendront aussi. 66 Les Juifs, emmenés par les Zélotes, au nationalisme exacerbé, se soulèvent contre Rome : le consulaire Vespasien « pacifiera » le pays, à l’exception de Jérusalem, qui résiste au siège : il s’agissait au départ d’une mesure de maintien de l’ordre. Le village de Qoumrân, au sud de Jéricho, près duquel on trouvera après la deuxième guerre mondiale, des manuscrits capitaux sur le plan religieux, fait partie des conquêtes romaines, en 68. Vespasien sera proclamé empereur en juillet 69 : un an plus tôt, l’annonce de la mort de Néron avait provoqué une suspension de toutes les opérations militaires en Galilée et en Judée. 29 08 70 Après sept mois de siège, Jérusalem tombe aux mains des Romains : Titus fait incendier le Temple, raser la ville au niveau du sol, décime les Esséniens, disperse les Juifs, vendus comme esclaves ou contraints à l’exil. Les dernières forteresses de Judée, l’Hérodion, Machéronte et Massada, seront soumises dans les années suivantes. Le judaïsme ne subsistera que dans les synagogues de la diaspora. Le christianisme va désormais, par force, tourner le dos à ses origines juives. Au retour de Jérusalem, Vespasien deviendra empereur. Mais plus tard, lorsque les habitants d’Antioche voudront profiter de la défaite juive pour expulser les Juifs de leur cité, Titus s’y opposera formellement. 70 Le Romain Septimus Flaccus, commandant les troupes de Numibie, partant de la côte libyenne, s’est aventuré bien au sud en Afrique, jusqu’à voir des rhinocéros : il ne devait pas être bien loin du lac Tchad. 72 A Rome, Vespasien entreprend la construction du Colisée, un amphithéâtre elliptique de 527 mètres de circonférence extérieure, sur 3 étages totalisant 48 m de hauteur ; on pourra tendre une toile pour protéger les spectateurs - qui peuvent être 100 000 - du soleil et de la pluie. Colisée…colossal : pour que le nom rende compte des dimensions du monument, ou bien de celles de la statue voisine de Néron, haute de quarante mètres. L’ensemble sera terminé 10 ans plus tard, sous Domitien. 73 Pan Tch’ao, un brillant général chinois reprend le contrôle de la route de la soie, en repoussant les Huns vers le nord. Soie, rhubarbe et cannelle vont s’échanger à nouveau près des sources du Tarim contre le jade de Khotan, les tapis de Perse et du Cachemire, les ivoires et les diamants de l’Inde. Les officiers qui servent dans les marches lointaines ne sont pas nécessairement des fils pieux ni des petits fils obéissants. D’autre part, les barbares ont une versatilité d’oiseaux ou de bêtes sauvages. Sachez être coulants pour les petites fautes, contentez-vous de tenir la main à la discipline générale. Le bouddhisme arrivera en Chine avec les caravaniers, timidement, s’implantant d’abord sur ces marches occidentales de l’empire, avant que de pénétrer l’est. Le bouddhisme se présenta en Chine sous, deux formes assez différentes car, aux Indes mêmes, la doctrine s’était différenciée en deux courants, le Petit Véhicule et le Grand Véhicule. Le premier apporte surtout des méthodes de méditation, des thèmes de morale pratique, et les fidèles y cherchaient leur salut personnel. Le second offre plus de richesse au point de vue métaphysique, car chacun des disciples doit lui-même, passant par l’état de bodhisattva, devenir un sauveur pour les autres êtres vivants avant de parvenir lui-même à l’état de Bouddha. Ce Grand Véhicule, ou MahYâna, faisait donc passer avant l’espoir du nirvâna celui d’une renaissance bienheureuse dans les merveilleux paradis qu’habitaient les divers bodhisattvas, et la vision béatifique s’y substituait, en quelque sorte, au désir d’extinction. Conception moins pessimiste et correspondant mieux à celles des Chinois dont les penseurs, à l’encontre des philosophes hindous, ont généralement trouvé que la vie valait la peine d’être vécue. Le Mahâ Yâna, répandu surtout au nord de l’Inde, semble avoir été influencé par les « religions de lumière » iraniennes ; or, les premiers apôtres du bouddhisme étant presque tous d’origine iranienne, c’est cette version qu’ils allaient propager et qui gagnera la Chine, le Japon, le Népal, le Tibet et la Mongolie. Il faut d’abord noter que, depuis ses premières apparitions dans le bassin du Tarim, le bouddhisme subissait de singulières déformations, peut-être par le seul passage d’une langue dans l’autre. Le génie du sanscrit, langue indo-européenne, de structure similaire à celle du grec, du latin et de la plupart des langues européennes, ne présente guère de commune mesure avec le chinois. Celui-ci, dédaigneux des formes analytiques, se prête assez mal à l’expression abstraite des idées, des théories. Les mots n’y sont guère destinés à noter et à communiquer des concepts, ce sont plutôt des symboles lourds de suggestions pratiques. Le langage, là, est plutôt signalisation que description, magie que définition. A l’aube de la civilisation chinoise, l’empereur Houang-ti, le premier des souverains, n’avait-il pas pris soin de donner à toute chose une désignation correcte, « afin d’éclairer le peuple sur les ressources utilisables » ? Fidèle à cette vocation, la langue chinoise est restée riche en valeurs concrètes, soucieuse de ne pas laisser affaiblir le dynamisme affectif et pratique qui appartient à chaque mot, dans la mesure où celui -ci est ressenti comme un emblème. Les traducteurs des textes sacrés se trouvèrent donc aux prises avec un problème quasi insoluble et voués, malgré leur zèle pieux, aux pires trahisons. Entre tous les aspects de la mentalité chinoise, il s’en trouvait un pourtant qui pouvait à la rigueur exprimer la mentalité de l’Inde aryanisée : le Tao. Dans l’Inde le karman, comme en Chine le Tao, unit le microcosme au macrocosme ; il assure la liaison intime de l’être pensant avec la nature. C’est donc le vocabulaire taoïste, bien qu’il fût déjà chargé d’un lourd passé et qu’il dégageât une aura toute particulière, qu’empruntèrent propagandistes et traducteurs bouddhistes. De même, une douzaine de siècles plus tard, les missionnaires catholiques, pour répandre le dogme chrétien, utiliseront la phraséologie confucianiste. Grâce à ce quasi-travestissement, les premières communautés bouddhistes parvinrent assez facilement à se faire admettre en Chine, attirant surtout les adeptes du taoïsme. Et si leurs fidèles ne cherchèrent pas à se faire passer pour une secte taoïste nouvelle, du moins ne firent-ils rien non plus pour dissiper une équivoque dont ils n’étaient peut-être pas toujours conscients : Henri Maspero a pu parler, à leur sujet, de « taoïsme bouddhisant ». La confusion entre les deux religions alla même si loin que le premier traducteur de textes bouddhiques, le Parthe Ngan Che-kao, n’hésite pas à mettre dans la bouche du bouddha Câkyamouni des promesses d’immortalité. Le sage taoïste, en effet, aspire à devenir un immortel ; mais l’assertion est tout bonnement stupéfiante dans la bouche d’un bouddhiste qui aurait dû, lui, tendre vers le nirvâna. Dans ce genre d’erreur, entrait-il de la complaisance ? Probablement très peu. Nous avons des indications précieuses et révélatrices sur les méthodes de travail des traducteurs : un religieux, généralement étranger, expliquait tant bien que mal ses textes en chinois parlé, (quand il ne se trouvait pas dans l’obligation de recourir au truchement d’un interprète) à un ou plusieurs assistants chinois qui prenaient des notes. Le missionnaire ne pouvant guère contrôler l’œuvre de ses collaborateurs et ceux-ci étant presque tous de formation taoïste, comment s’étonner que la version chinoise des textes sacrés ait pu s’écarter singulièrement de l’orthodoxie ? . Cette circonstance influa aussi sur le choix des ouvrages traduits, du moins sous les Han. Maspero a pu remarquer en effet que tous les textes authentiques datant de cette époque se rapportent exclusivement aux sujets qui intéressaient les taoïstes et s’opposent à l’éthique sociale du confucianisme : livres de morale, de méditation, descriptions d’exercices respiratoires, traités sur les paradis bouddhiques, les « Terres Pures ». Mais pas un seul ouvrage sur les thèmes fondamentaux de la religion, ni même de catéchisme élémentaire à l’usage des convertis. On s’explique, dans ces conditions, que l’empereur Houang-ti ait pu, un beau jour, sacrifier simultanément au Bouddha et à Houang-Lao, indiquant probablement ainsi qu’il ne faisait pas de distinction entre les deux croyances. Ce propice malentendu ne pouvait se prolonger indéfiniment. En dépit de toutes les erreurs tendancieuses, les ouvrages traduits n’allaient pas tarder à le dissiper. Dès la fin du deuxième siècle, un taoïste venu au bouddhisme, Meou-tseu, rejetait complètement sa foi première et dénonçait enfin l’incompatibilité fondamentale entre les deux religions. Il tenta, en revanche, un rapprochement avec les confucianistes. Peine perdue, car bouddhisme et confucianisme, se développant sur des registres distincts, ne pouvaient répondre à ces efforts conciliateurs. Quant aux taoïstes qui s’adressaient à la même clientèle et satisfaisaient le même besoin de salut personnel, ils n’allaient pas tarder à nourrir, pour la religion nouvelle, une de ces hargnes de moines qui ne désarment jamais. N’importe, on se pose en s’opposant. Dans ces conflits d’idées, le bouddhisme chinois prenait enfin conscience de lui-même. S’il faut attendre plusieurs siècles encore le temps de l’essor, la période des origines est enfin révolue. Le monachisme bouddhique avait, dès la fin du II° siècle, formé ses cadres définitifs. La petite communauté laïque, groupée autour d’un missionnaire et de la chapelle ornée de quelques images importées d’Occident, était devenue un monastère. Moines et dépendants du temple y obéissaient à un abbé qu’assistaient un trésorier et divers dignitaires, mais cette autorité, toute morale, ne s’exerçait que sur les religieux, la division entre ceux-ci et les laïques restant toujours nettement tranchée. Organisation très judicieuse qu’imiteront sans tarder les taoïstes. Aussi l’une des premières conséquences historiques du bouddhisme en Chine paraît - ironiquement - avoir été de fournir à ses ennemis les cadres dont ceux-ci tireront toute leur force. René Grousset, Sylvie Regnault-Gatier L’Extrême Orient 1956 24 08 79 L’éruption du Vésuve noie Pompéi et Herculanum sous les pierres ponces, la cendre, les lapilli, la lave, tuant à peu près deux mille personnes. Pompéi comptait alors à peu près 20 000 habitants., et venait d’être partiellement détruite par un tremblement de terre en 62. Les faits seront rapportés par Pline le Jeune : l’affaire lui tenait à cœur puisque son oncle, Pline l’ancien, alors amiral de la flotte de Misène, s’approchant de la zone dangereuse pour tenter de sauver les habitants et voir le phénomène de plus près, en mourut asphyxié. On crût longtemps que nul n’en réchappa… mais des traces de pieds furent découvertes en 2000, permettant de croire que des survivants seraient revenus sur les lieux du drame. 85 L’astronome chinois Foungan présente à l’empereur une sphère armillaire écliptique, représentation du système solaire où sont tracées les trajectoires des différents astres connus. Mais la terre est encore au centre de l’affaire. 86 Julius Maternus, commerçant romain, traverse l’Aïr depuis Tripoli jusqu’au Soudan. vers 90 Sous le principat de Domitien, début de la construction d’une ligne fortifiée reliant le Rhin au Danube : une route fut aménagée à travers la forêt noire, d’Argentorate (Strasbourg), au lac de Constance. A la fin du I° siècle, la Ville est aux limites de ce qu’elle peut tenter de façonner à son image. Les temps ne sont plus à la conquête, mais à la défense. Le mur qui s’élève, le « limes », est un symbole autant qu’une barrière. Jean Favier Les Grandes Découvertes Fayard 1991 90 Les docteurs de la Loi, réunis à Jamnia, en Palestine, mettent en ordre la Bible, qui se divise en trois ensembles : Loi, Prophètes et Ecrits. On reste au sein de la religion juive, et il ne s’agit donc que de l’Ancien Testament.
Se mentir pour ne pas mourir, cela vaut mieux que l’inverse. Pour autant « qu’un peuple sans légendes est condamné à mourir de froid », la construction rétroactive des origines fait partie des travaux calorifiques indispensables à l’entretien d’un groupe humain. Ce qui fait sa cohésion, c’est le partage mental d’une origine et d’une destination. La Bible a magnifiquement rempli son rôle de matrice communautaire en fabriquant de l’origine pour s’inventer une destination. Éviter la débandade exige que le présent « tienne » le passé, collage qui neutralise la dissémination. En ce sens, l’origine est une chose trop importante pour être laissée aux greffiers ou aux historiographes. C’est un bien de mémoire, à gérer en conseil de famille. Cohésion interne et capacité d’initiative : les enjeux de la matrice origine/destination touchent trop à l’intégrité vitale pour que la recherche documentaire vienne s’en mêler. Celle-ci a d’autant moins à faire qu’il serait contradictoire avec l’idée même d’origine qu’on puisse en tenir chronique, en temps réel, à un moment où personne ne saurait dire de quoi il y a origine. Le moment crucial est toujours « en blanc ». Il vient de là qu’une transmission est réussie quand la fabrication ne se voit plus. À cet égard, l’Ancien Testament a tout du chef-d’œuvre. L’invention de l’histoire, qu’on attache aux Grecs et à Hérodote, ne rend pas justice à l’Israël ancien, qui, en brouillant les frontières du vécu et du rêvé, a fini par forger un seul peuple à partir de tribus éparses. Il n’est pas anormal que l’examen scientifique du merveilleux soit vécu par ses adeptes comme attentatoire (« on nous dépouille de notre passé »). Si grand est notre besoin de fil à plomb que les mêmes qui vénèrent Moïse pour nous avoir libérés des tabous et du Veau d’or, en font une idole taboue sur qui il est interdit de porter la main. Le réflexe est humain. Lucrèce le matérialiste félicite Épicure de nous avoir émancipés de la crainte des dieux, et dans la foulée, dresse un autel au divin Épicure. Notre incohérence se porte presque aussi bien que notre paranoïa. …/… Les sots qui prétendent invalider une religion par ses anachronismes prennent un bien pour un mal. C’est la fonction même des mythes que de réparer en nous les dégâts du temps. Si une religion n’était pas anachronique, elle perdrait sa plus profonde raison d’être, qui est de penser notre finitude en donnant à l’hier la dimension d’un toujours. Régis Debray Dieu, un itinéraire Odile Jacob 2001 96 Les vins gaulois sont bons : on en demande jusqu’à Rome. Et cela n’arrange pas les affaires des viticulteurs Romains : Domitien ordonne l’arrachage de la moitié du vignoble gaulois. Il va être assassiné la même année. Les sénateurs confient alors le pouvoir à l’un d’eux : Nerva, 70 ans et sans descendance, qui va mourir deux ans plus tard, mais en ayant eu l’habileté d’inventer le principe de l’adoption, ce qui va assurer à l’empire pas loin d’un siècle de tranquillité. Lui-même aura adopté Trajan, un général de 45 ans. Le développement du christianisme se heurte bien sur à la religion traditionnelle, mais aussi au culte nouveau du dieu Mithra, rapporté d’orient par les légionnaires : coiffé du bonnet phrygien, il est le symbole de la lumière et du Bien s’opposant au Mal, représenté par le taureau. Le pain et le vin accompagnent les fêtes, dont la principale se tient le 25 décembre. On préférait alors le vin d’ici à l’au-delà. 5 09 100 Claudia Severa a suivi son homme jusqu’à Vindolanda, sur la frontière nord de la Bretagne : elle invite Sulpicia Lepinida, l’épouse du commandant de la garnison à son anniversaire : Claudia Severa à sa chère Lépidina, salut ! Je t’invite cordialement à te joindre à nous le 11 septembre pour fêter mon anniversaire et agrémenter ce beau jour de ta présence. Transmets mes salutations à ton Cerialis. Mon Aetius te salue ainsi que tes fils. Je t’attends, ma sœur. Adieu, ma très chère âme, porte- toi bien, et salutations. Ce n’est pas une lettre de Mme de Sévigné, certes, mais l’essentiel de la fraîcheur et de la chaleur humaine y est. 102 Les Romains conduisent une expédition en Chine. 105 Le Chinois Ts’ai Lun[4] invente le papier : après avoir essayé plusieurs matériaux, - mûrier, vieux filets de pêche et chiffons - il adopte la fibre de lin qui, additionnée à de l’amidon et de l’eau, donne la pâte à papier. Ultérieurement, ce sera l’écorce du mûrier qui représentera l’essentiel de la pâte à papier. On commence à s’occuper d’enseignement à l’échelle du pays : La Chine des Han, se montrait assez réfractaire aux innovations de tout ordre. A la longue paix qui régna alors - la pax sinica - correspond une période étale de la pensée et même, dans une certaine mesure, de l’art chinois. Le texte des classiques une fois reconstitué dans un sens conservateur et même conformiste, l’ensemble se présentait comme un canon qui suffisait à toutes les curiosités. Ce ne sont que convenances, usages, rites, pointilleux respect de l’étiquette traduisant une loi morale qui ne tient compte que des groupes sociaux, non des individus, et selon laquelle chacun doit se tenir à la place qui lui est échue. Significative est alors l’importance que prend l’enseignement classique, attestée par celle de la Grande Ecole où les Savants Maîtres, sous l’autorité d’un ministre des Rites chargé de veiller à ce que l’enseignement ne s’écarte point de la tradition, exposaient la doctrine des anciens contenue dans les Cinq Livres Classiques. Les annalistes détaillent complaisamment cette Grande Ecole qui, rebâtie vers 130[5], n’aurait pas comporté moins de deux cent quarante corps de bâtiments, mille huit cent cinquante chambres d’étudiants, une bibliothèque, des salles de cours, des logements pour les maîtres. C’est à cette époque que les fonctionnaires commencent à être recrutés par voie d’examen et sur leur connaissance des livres classiques. Ce système, bientôt tombé en désuétude mais qui reprit sa force sous les T’ang, tendait à l’unification de la culture; il devait présenter en outre l’avantage d’empêcher la formation de cloisons étanches (comme il en existait déjà aux Indes) entre les différentes classes de la société, puisque le mérite devait suffire, en principe, à ouvrir toutes les portes. C’est à cette époque aussi que les lettrés voulurent donner à l’Empire et à la société une doctrine officielle et définitive, et qui le fut en effet. En 79, une commission de lettrés avait fixé le texte des œuvres attribuées à Confucius et à son école. Pour assurer la pérennité de cette rédaction, une série de stèles furent gravées cent ans plus tard, dont l’estampage - en blanc sur fond noir - présentait une première préfiguration de l’imprimerie. René Grousset, Sylvie Regnault-Gatier L’Extrême Orient 1956 117 Hadrien renforce le limes, fortifications le long du Rhin. Les Germains le nommeront Teufelmauer - le mur du diable - preuve si besoin était, qu’ils le redoutaient. Les Romains eux, semblaient les connaître : Sitôt sortis du sommeil, qu’ils prolongent souvent dans le jour, ils se baignent, presque toujours à l’eau chaude, comme gens d’un pays où l’hiver dure longtemps. Après le bain, ils prennent de la nourriture ; chacun a son siège à part, chacun aussi sa table. Puis, en armes, ils vont aux affaires, non moins souvent au banquet. […] Les querelles, fréquentes, comme entre gens pris de vin, s’achèvent rarement sur des injures, plus souvent sur un meurtre et des blessures. […] Cette nation, qui n’a ni ruse, ni finesse, dévoile encore mieux les secrets de son cœur dans la liberté de propos sans retenue. Tacite La Germanie XXII Soulèvement juif dans tout l’Orient : ils se font massacrer à Alexandrie et en Cyrénaïque. 122 Construction du mur d’Hadrien, qui sépare l’Angleterre de l’Ecosse, de l’embouchure du Tyne à l’estuaire de Solway : murailles, fossés, casernes, fortins, routes…il y a tout ce qu’il faut, sur 112 km de long. Achèvement encore du limes germano-rhétique, constitué par un retranchement de terre bordé par un fossé et portant une palissade de bois, avec une série de tours et châteaux forts, depuis Andernach sur le Rhin en aval de Coblentz jusqu’à Kellheim sur le Danube en amont de Ratisbonne. Leur bon état constituait une nécessité vitale, surtout sur la zone nord-est. Et ces gens-là savaient ce que construire veut dire : près de vingt siècles plus tard, le pont de Vaison la Romaine fût le seul ouvrage à résister aux flots en furie de l’Ouvèze. Ils maîtrisaient aussi la technique du verre, parvenant à monter jusqu’à la température de fusion : 1100° : sur les fenêtres des thermes et des grands édifices, la vitre venait remplacer mica, toiles et peaux huilées ou encore volets de bois. L’Empire Romain couvre 5 millions de km², administre 90 000 km de grandes voies, 20 000 de voies secondaires, de l’Ecosse à la Palestine, de l’Espagne au Caucase, de la Lybie à l’Allemagne…la poste impériale, réservée au courrier officiel, et roulant sans arrêt en cabriolet léger à deux roues, pouvait parcourir plus de 200 km par jour. Mais ce chiffre est l’exception : la règle c’est environ 100 km par jour. Les voies les plus importantes sont jalonnées de bornes milliaires, sur lesquelles sont gravées le nom de l’empereur régnant, la distance de la ville la plus proche - un mille romain fait 1481 m. - ou le point de départ de la voie : une borne revêtue de bronze doré - millarium aureum - dressée sur le forum, parfois la date d’achèvement de la route : plus de 4 000 ont été répertoriées. Des milliers d’autres seront réemployées : croix chrétiennes, colonnes d’églises, sarcophages, bénitiers, rouleaux compresseurs ou pierres à battre le linge… Le début du III° siècle est la dernière grande période de construction urbaine en Gaule. Lorsque le bâtiment va, tout va : la maxime vaut donc depuis plus longtemps qu’on pouvait le croire. Les villae gallo romaines représentent la majorité des surfaces agricoles exploitées ; on trouve couramment des surfaces dépassant les mille hectares, véritables usines champêtres, propres à assujettir et broyer les concentrations humaines : la plupart d’entre eux étaient esclaves : ces derniers ont peut-être représenté le tiers de la population, selon Fernand Braudel. L’esclavage, sous les coup de boutoir des insurrections paysannes - la Bagaude - évoluera vers le servage - une moindre dépendance -, mais le terme de colon, petit paysan libre, ne correspondait le plus souvent qu’au statut de serf. 132 En Chine, Zhang Heng invente le sismoscope, premier sismographe. 135 Les Romains écrasent la révolte de Bar-Kokhba en Judée : les Juifs sont expulsés de Judée. Devenus minoritaires en Palestine, ils durent s’habituer à vivre au milieu des autres. C’est le début de la Diaspora. Dans chaque pays de cette Diaspora, le judaïsme se reconstitue sur des bases religieuses renforcées. Ce sont les communautés de l’exil qui vont élaborer ces monuments de la pensée juive que sont le Talmud palestinien (III° -IV° siècles) et celui de Babylone (V° siècle), interprétations de la Torah, ou Loi écrite, et réflexions sur sa signification. L’Histoire du Monde. L’Antiquité. Larousse 1996 vers 150 Claude Ptolémée, (90 - 168) égyptien de Grèce (ou Grec d’Egypte), devient l’indiscutable père de la géographie moderne, avec la Syntaxis mathematike auquel les Arabes donneront le surnom admiratif d’Almageste : - le Grand Livre - : environ huit mille villes et lieux recensés ! Il inventa et popularisa les termes de latitude et longitude, il fit accepter le principe d’orienter les cartes le nord vers le haut et l’est vers la droite ; à la suite d’Hipparque, il divisa le cercle de la sphère en 360°, eux-mêmes subdivisés en minutes, puis secondes de l’arc. Il réunit tous les faits disponibles pour prouver la sphéricité de la Terre. Mais il ne se fia guère qu’à ses informations, forcément très limitées, et commit ainsi quelques très grosses bourdes dont la principale concerne la circonférence terrestre : ayant tout d’abord rejeté l’estimation étonnamment précise d’Eratosthène, il calcula que chaque degré mesurait seulement 80 km (au lieu de 111,2), ce qui faisait une circonférence de 28 800 km. Après la mort de Ptolémée, le christianisme conquiert l’Empire romain et la majeure partie de l’Europe. Apparaît alors un phénomène d’amnésie scientifique, qui frappera l’Europe entière depuis l’an 300 de notre ère jusqu’à 1300 au moins. La foi et le dogme chrétien vont entièrement occulter la représentation utile du monde qui avait été si lentement, si péniblement, si scrupuleusement élaborée par les géographes de l’Antiquité. Disparue la soigneuse restitution ptoléméenne des côtes, cours d’eau et reliefs, avec sa grille commode établie d’après les meilleures données astronomiques. Au lieu de cela, quelques schémas rudimentaires - simples caricatures pieuses - proclament la « vraie » forme de la Terre. …/… Les géographes chrétiens du Moyen Age consacreront toute leur énergie à donner du monde connu[6], ou supposé tel, une vision bien léchée, théologiquement conforme. Daniel Boorstin. Les Découvreurs. Robert Laffont Mars 2000. 169 C’est à une valse bien rude et virile que s’invitent Iazyges et Romains de Marc Aurèle sur le Danube gelé. Les Yazyges comptaient venir à bout aisément des Romains lancés à leur poursuite dès qu’ils seraient sur la glace : ils firent alors volte face pour les affronter. En riposte, les Romains se groupèrent en masse compacte, posèrent leur bouclier à plat sur la glace et mirent un pied dessus afin d’éviter le risque de glisser ; ils reçurent ainsi la charge de l’ennemi. Attrapant, les uns, la bride des chevaux, les autres, le bouclier et le bois de la lance des assaillants, ils les attirèrent vers eux ; et en venant ainsi au corps à corps, ils firent tomber à la fois les hommes et les chevaux car, emportés par leur élan, les Barbares ne pouvaient plus éviter de glisser. Les Romains glissaient aussi, mais ceux qui tombaient sur le dos, entraînaient leur adversaire au-dessus d’eux tandis que ceux qui tombaient en avant se jetaient positivement à bras raccourci sur leurs antagonistes qui avaient chu les premiers. En effet les Barbares, qui n’étaient pas habitués à cette forme de combat et qui étaient équipés à la légère, étaient incapables de résister ; si bien que rares furent les membres de cette troupe importante qui réussirent à s’échapper. Dion Cassius Marc Aurèle sera récompensé pour cette victoire et quelques autres du titre de Sarmaticus (Sarmates et Yazyges étaient très proches cousins). vers 170 Né de parents grecs à Pergame en Asie Mineure sous le règne d’Hadrien, Galien, (131 - 201) devint médecin, obtenant le poste convoité de médecin des gladiateurs ; il est aussi l’un des écrivains les plus prolifiques de l’époque, - près de cinq cents ouvrages - exhortant ses confrères à apprendre par l’expérience et à concentrer leurs efforts sur l’acquisition des connaissances utiles à la guérison des malades. Et le corps médical finit par faire de Galien la référence unique, éditant un corpus canonique de seize ouvrages, dont l’autorité traversera tout le Moyen Age et grandira encore avec l’arrivée de l’impression, treize siècles plus tard : 10 000 pages, dans l’édition de référence. En 192, il vit partir en fumée une bonne part de ses œuvres lors d’un incendie de Rome…il n’y avait pas de copie : il se remit à l’ouvrage…et légua à la postérité la totalité de ses écrits avant de mourir. La première édition de ses œuvres complètes sortira des presses Alde à Venise en 1525. Il a décrit quatre cent soixante treize plantes et les a classées dans des familles thérapeutiques : astringentes, diurétiques, émollientes. Il va laisser son nom à l’art de la préparation médicinale des plantes : la galénique, laquelle est devenue aujourd’hui très confidentielle, beaucoup plus de toutes façons que le nom de son père. Et pourtant… le champ n’était pas vraiment libre en matière de dissection, car interdite par le droit romain, et en la matière, Galien dû se contenter d’observations sur les blessures des gladiateurs ; deux fois seulement, il pût observer un squelette, pour l’un dépouillé de sa chair par des oiseaux de proie, pour l’autre, nettoyé par les eaux d’une rivière. Pour tout le reste, toutes ses observations se faisaient sur des singes pour l’anatomie externe et sur des porcs[7] pour l’anatomie interne. vers 170 Les persécutions des chrétiens sont à leur apogée : Si l’on avait toujours observé les prescriptions de Trajan, interdisant toute initiative à ses fonctionnaires, ou d’Hadrien, exigeant une accusation en règle et ordonnant la punition des calomniateurs, les martyres auraient été fort peu nombreux. La plupart, dans les provinces, sont dus à des mouvements populaires : Polycarpe de Smyrne en 155, les martyrs de Lyon en 177, ceux de Scillium en Afrique en 180 furent victimes des fureurs de la foule qui pesa sur les autorités judiciaires. Il y avait donc une hostilité très vive à l’égard des chrétiens : ils passaient pour athées, parce qu’ils n’adoraient pas les dieux de tout le monde; pour ignorants et incultes, parce qu’ils se recrutaient surtout parmi les humbles ou les esclaves ; pour magiciens, débauchés, voire meurtriers et anthropophages, parce que leurs cérémonies clandestines étaient mal comprises ; pour mauvais patriotes, parce qu’ils mettaient leur salut personnel et le souci du « royaume de Dieu » au-dessus de toutes les préoccupations temporelles. Les apologistes tentent, depuis le milieu du II° siècle, de réfuter ces calomnies ; mais les préjugés sont tenaces et la haine du nom chrétien est précisément renforcée à cette époque par les malheurs publics qui marquent le règne de Marc Aurèle, tremblements de terre, épidémies, invasions. Les exécutions en masse des chrétiens lyonnais et scillitains semblent bien en liaison avec ces événements. Jean Rémy Palanque L’empire universel de Rome. 1956 184 Un vent de révolte souffle sur la Chine contre le pouvoir des derniers Han : celle des Cinq boisseaux de riz et surtout celle des Taiping - les Turbans jaunes - qui parviendront à rassembler jusqu’à 360 000 rebelles, lesquels tiendront tête pendant 8 ans à toutes les armées. vers 190 L’Athénien Clément fonde à Alexandrie la première école de théologie, dont l’Egyptien Origène prendra la suite, en restant toujours un peu border line pour l’Eglise qui condamnera certaines propositions de ses nombreux traités ; mais surtout il avait triché avec « la chair » en se faisant émasculer pour ne pas connaître la tentation, et ça, « c’est pas de jeu ». Il mourra des suites des persécutions du temps de Dèce. A Rome, on dresse de son vivant au prêtre Hippolyte une statue qui reprend les titres de ses premiers ouvrages. L’Africain Tertullien défend sa foi contre les païens, les juifs et les agnostiques. A quelques dizaines de kilomètres au nord de l’actuel Mexico, à Teotihuacán s’épanouit une civilisation qui dresse d’immenses pyramides aux dieux qu’elle révère : le Soleil et la Lune : Celle qui est consacrée au Soleil fait 220 mètres sur 225, 63 mètres de haut. Dans son axe s’alignent d’autres pyramides, le long de l’allée des Morts, 1 700 mètres de long sur 40 de large, le tout sur un axe strictement nord-sud. Tout cela ne sera mis à jour qu’au XIX°, si bien que ni les Aztèques ni Cortès n’en auront connaissance. 203 à 211 Persécutions de chrétiens en Egypte et en Afrique. 212 Tous les habitants libres de l’empire deviennent citoyens romains : ainsi le veut l’édit de Caracalla. Cela vaut donc aussi des Juifs, que leur richesse de grands commerçants, avait fait bénéficier de nombreux privilèges sous César, puis Auguste et Tibère. vers 250 Mani de Babylone (216-277) fonde le manichéisme (qui lui vaudra la mort), selon lequel coexistent et s’opposent éternellement un principe bon et lumineux et un principe mauvais et obscur ayant chacun son domaine et chacun sa création Pelliot 250 L’empereur Dèce, d’origine illyrienne, prend un édit qui contraint tous les habitants de l’empire à assister aux cérémonies sacrées de la religion traditionnelle et à conserver ensuite le certificat de présence. 258 L’empereur Valérien prend deux édits qui interdisent le culte, puis la profession même du christianisme, sous peine de mort pour le clergé et pour les fidèles des classes supérieures. St Cyprien, évêque de Carthage - Nul ne peut avoir Dieu pour Père s’il n’a l’Eglise pour Mère - est martyrisé, mais aussi les papes[8] Fabien et Sixte à Rome, les évêques Saturnin à Toulouse et Denys à Paris. Parti combattre les Perses, Valérien sera battu à Edesse et fait prisonnier : Gallien demeure seul empereur[9] . 260 Sept ans plus tôt, Francs et Alamans ont forcé la frontière gauloise, poussant leurs avancées jusqu’au bas Rhône et à l’Espagne. Le désordre et la peur s’installent en Gaule, à tel point qu’un officier gaulois, Postumus, est proclamé empereur par ses troupes, pour repousser l’envahisseur ; et cela marcha plutôt bien - Rome commença par fermer les yeux - , et ce dernier parvint à rétablir l’ordre en Gaule, en Espagne, en Bretagne ; quelques années plus tard, il poursuivait les envahisseurs outre Rhin : malheureusement, il provoqua le mécontentement de ses troupes en leur refusant le pillage de Mayence : il fût assassiné et Mayence pillée. Chahpuhr I°, Roi des rois, de la dynastie des Sassanides, inflige une lourde défaite à Antioche à l’empereur Valérien qui est fait prisonnier, emmené en Iran et tué : sa peau est suspendue dans un temple après avoir été teinte en pourpre. vers 260 Le Chinois Pei Xiu (224 - 271) réalise une représentation cartographique de la Chine en dix huit feuilles, une par territoire vassal de l’empereur : il a adopté le système du quadrillage. L’usage du thé se répand dans les cours chinoises : les lettrés de Luoyang, capitale de Cao Cao et de ses fils, en font une grande consommation. Il serait venu des pays barbares : c’est peut-être pour ne pas reconnaître cela que les Chinois inventèrent une légende le faisant remonter à Shen Nung, trois mille ans plus tôt. fin 270 L’empereur Aurélien, après une défaite à Plaisance devant la tribu alamane des Juthunges, organise le siège de Rome, puis reprend l’offensive et écrase les Vandales et les Iazyges en Pannonie, les Juthunges en Cisalpine, les Goths et les Carpes en Dacie - l’actuelle Roumanie -, province dont il décidera de se retirer. 272 Aurélien soumet la reine de Palmyre, Zénobie, et à nouveau la Gaule, où il bat à Chalons sur Marne Tetricus, empereur de la Gaule, successeur de Postumus et de Victorinux, résidant à Trèves : l’empire gaulois aura duré quinze ans. 276 - 282 L’empereur Probus autorise à nouveau pour la Gaule la plantation de vignobles, qu’avait interdite Domitien en 96. 289 Fondation de la cité maya d’Uaxaktun, dans l’actuel Guatemala. A l’autre bout du monde, des moines bouddhistes sculptent deux bouddhas géants de cinquante trois mètres de haut pour l’un, trente cinq pour l’autre dans les falaises de Bamiyan, à l’ouest de Kabul. Ils résisteront vaillamment aux injures du temps jusqu’à être victimes de la fureur des Talibans en février 2001. L’empereur Constance Chlore épouse Théodora, et répudie sa concubine Hélène, connue serveuse dans une taverne de Drepanum, en Bythinie - actuelle Turquie -où elle était née. Ils ont eu un fils, Constantin. Chrétienne, elle éduque son fils comme elle croit bon de le faire. Quand Constantin deviendra empereur à la mort de son père en 306, il rappellera sa mère à la cour, lui donnant le titre d’Augusta : Hélène deviendra alors impératrice. 292 Lyon perd son monopole de la vente du vin, puis son statut de capitale : elle va redevenir une ville moyenne. Les fouilles archéologiques les plus anciennes de la civilisation maya retenaient la stèle de Tikal, comme étant la première où l’on voit une inscription chronologique : elle porte l’inscription en « long compte » 8.12.14.8.15, ce qui correspondrait à l’an 292 après JC, et marque le début de la période classique de la civilisation maya : elle durera six cents ans, se développant de la presqu’île du Yucatan, au Mexique, vers le sud, jusqu’au Pacifique, soit à peu près 900 km sur 550 km. : cela inclut aujourd’hui le Guatemala, Honduras, et les Etats mexicains du Yucatan, Campeche, Tabasco, Quintina Roo et le Chiapas. Copán est l’un des principaux centres cérémoniels, dont l’apogée se situe au IX° siècle, avec l’un des plus beaux escaliers à hiéroglyphes - soixante trois marches - constituant le plus long texte de toute l’aire maya. Les sculptures sont en trachyte de couleur pistache, qui résiste beaucoup mieux à l’érosion que le stuc des sculptures voisines. La cité maya toltèque de Chichén Itzá, sera édifiée en 534, sur un site pourvu de deux puits naturels, à l’ouest de l’actuelle Valladolid. La principale pyramide est pourvue d’un escalier de 91 marches sur chacune des 4 faces, ce qui donne, en ajoutant la marche sommitale, 365, le nombre de jours de l’année. La bonne conservation des monuments en fait l’un des sites les plus visités du Mexique et, le 7 07 2007, cette cité sera élue par 7 millions d’internautes au rang de l’une des sept merveilles du monde, contre le gré bien sur des « officiels » de la culture que sont l’UNESCO, l’ONU, que la démocratie directe insupporte. Leur capitale était Tula, 80 km au nord de Mexico, regroupant pyramides, temples renfermant les atlantes, statues austères et renfermées sous la domination du Serpent à plumes, le dieu civilisateur, souverain et grand prêtre du peuple Toltèque. Les Mayas étaient passionnément attachés à la terre et se sentaient liés de façon très étroite avec le maïs, son principal produit. Le dieu du maïs était donc plus que la personnification poétique du pain quotidien et on avait pour lui une tendresse toute particulière. Le centre cérémoniel était aussi chef lieu religieux et administratif, mais n’était pas un lieu d’habitation : le peuple habitait des villages disséminés dans la campagne. Vivant sous l’influence toute puissante de l’astronomie dont ils tiraient une astrologie, (…selon leur perception ; ils redoutaient par exemple plus que tout l’éclipse du soleil) ils développèrent abondamment tables à éclipses, calendriers, autant de connaissances très abstraites qu’était loin d’avoir alors l’occident ; pour le clergé, toute cette cosmologie était un très bon fonds de commerce, dont il usait et très probablement abusait. Dans le même temps ils se révélèrent incapables de progrès techniques : ils construisaient des routes mais n’avaient pas sû utiliser la roue, ils ne savaient pas peser, ils construisaient des temples, mais ne connaissaient ni la voûte en plein cintre ni en arc brisé. fin ~ III° siècle L’empire romain poursuit une vie institutionnelle mouvementée : il y a beaucoup de révoltes, mais il n’y a pas de révolution : les révoltes ne peuvent être que paysannes et ces insurrections ont toujours été incapables de résister aux troupes organisées ; elles ont pour cause le poids des charges fiscales, l’inflation monétaire : on parlera de la Bagaude que justifiera 150 ans plus tard Salvien : Je parlerai à présent des Bagaudes, dépouillés par des gens mauvais et sanguinaires, frappés, tués, après avoir perdu jusqu’à l’honneur du nom romain. Et c’est à eux qu’on impute un tel malheur, à eux que nous donnons ce nom maudit, nous qui en portons la responsabilité. Nous les appelons des hommes perdus, eux dont nous avons fait des criminels. Car, qui a fait la Bagaude, si ce n’est notre iniquité, l’improbité des juges, nos sentences d’exil, nos spoliations ? La conversion de l’empereur au christianisme s’inscrira dans la continuité des édits de tolérance, les anciennes divinités continuant à être admises, et même aidées. Depuis un demi-siècle l’« anarchie militaire » avait produit ses effets catastrophiques : si les bons empereurs illyriens, en particulier Aurélien et Probus, ont pu mettre fin aux dissidences et aux invasions, qui avaient troublé le monde romain, l’instabilité du pouvoir demeurait la plaie de l’époque. En cinquante ans, vingt et un empereurs s’étaient succédé, à ne retenir les noms que des princes « légitimes » reconnus par le Sénat, et sans parler des innombrables usurpateurs, les « Trente Tyrans » qu’énumère l’historiographie du IV° siècle. La plupart avaient péri assassinés, victimes d’une conspiration ou de l’humeur changeante des soldats qui les avaient portés au pouvoir. En outre, les guerres avaient ruiné gravement toutes les provinces, dont aucune n’était demeurée indemne de quelque incursion ou agitation : la crise monétaire n’était qu’un aspect - à la fois cause et conséquence - de la crise économique générale ; campagnes ravagées, villes détruites, main d’œuvre insuffisante, production amoindrie, commerce interrompu, finances publiques taries, tel était le tableau qu’offrait l’empire dans la seconde moitié du III° siècle. Le relèvement obtenu en 285 était encore partiel ; il va être poursuivi et accentué, sous un règne qui aura la chance de durer vingt ans, par un homme qui tentera de résoudre les grands problèmes qui se posaient alors et le plus grave de tous, le problème successoral. Cet homme est Dioclétien, nom nouveau que prend, à son avènement l’officier illyrien Dioclès. Comme il demeure en Orient et que la Gaule est troublée par la « bagaude », sorte de jacquerie rurale, il y envoie Maximilien, officier pannonien en qui il a toute confiance, avec le titre de César (mars 286) ; et bientôt, aussi bien pour le récompenser de ses succès sur les rebelles que pour répondre à l’usurpation de Carausius en Bretagne, il l’élève à l’Augustat (septembre 286). Rome est décidément abandonnée comme résidence impériale : Dioclétien se fixe à Nicomédie, d’où il négocie avec la Perse (traité de 287) ; Maximien à Trèves, d’où il surveille la frontière rhénane, sans pouvoir abattre Carausis qui installe en Gaule plusieurs têtes de pont. …/… L’omniprésence des membres du collège impérial, tous des hommes mûrs et expérimentés, renforçait la sécurité de l’empire, dont tous les adversaires purent être abattus. Il ne faudrait pas cependant voir là, comme on l’a dit trop souvent, un partage de l’empire : les Césars ne sont que des exécutants aux ordres de leurs Augustes, dont ils sont devenus les gendres ; ces derniers eux-mêmes ne sont pas sur un pied d’égalité, le second Auguste, qualifié d’Herculius, étant subordonné au premier, qui s’intitule Jovius, et qui est le seul et unique souverain : mandataire de Jupiter, le maître des dieux, il a autorité sur celui qui n’a pour patron qu’un demi-dieu. Ainsi la tétrarchie, comme on appelle ce collège de quatre empereurs, reste une monarchie, les liens familiaux et les titres religieux venant renforcer l’autorité du maître de l’empire. Il ne semble pas que cette organisation soit le résultat d’un système préconçu : Dioclétien l’a improvisé au gré des circonstances : les nominations des Césars, si elles sont de la même année, ont été faites à trois mois de distance. Néanmoins, elles ont inauguré un régime nouveau qui apporte une solution ingénieuse au problème successoral : un avancement automatique devait se faire lors de chaque vacance, à l’intérieur du collège impérial, le premier Auguste détenant la souveraineté pour toute décision. Par là était rendues superflues les initiatives de l’armée, qui avaient rempli tout le III° siècle ; et l’on écarta du même coup toute intervention du Sénat : non seulement sa déchéance était accrue par l’abandon de Rome où ne résidait aucun des empereurs, mais on ne lui demanda même pas de ratifier les choix faits en dehors de lui ; il perd alors l’investiture toute nominale de l’empereur, qui désormais ne tiendra plus son pouvoir que d’un Auguste antérieur. Il ne suffisait pas de rendre au pouvoir impérial la stabilité qui lui manquait, mais à l’empire lui-même une vitalité qu’il avait en partie perdue. Dioclétien y pourvu par une série de réformes, administratives, militaires, fiscales, économiques. …/… Les réformes de Dioclétien avaient été dans l’ensemble judicieuses et efficaces. Il faut cependant constater un échec dans le domaine économique, où l’équilibre. ne pourra être restauré que progressivement et incomplètement en raison des ruines accumulées. Il échouera aussi dans le domaine religieux quand il prétendra extirper le christianisme de tout l’empire. Au cours du III° siècle les églises chrétiennes avaient fait de grands progrès. Avant et après les deux persécutions de Dèce et de Valérien, la propagande des missionnaires et des docteurs avait porté ses fruits. En Orient, le prestige d’un Origène, d’un Denys d’Alexandrie, en Occident, celui de Cyprien de Carthage ont dû favoriser le rayonnement de la religion nouvelle dans les milieux cultivés ; mais on peut penser aussi que le déclin général de la culture, dont on a pour preuve l’éclipse presque totale de la littérature latine ou grecque, a favorisé sa diffusion, en affaiblissant des traditions intellectuelles imprégnées de paganisme. En tout cas, au cours de la longue période de paix qui suit 260, le nombre des évêchés nouveaux paraît considérable en toute région, en Gaule par exemple, ainsi que celui des fidèles dans chaque ville (il n’y en a guère encore dans les campagnes). Les communautés chrétiennes ne sont pas trop gravement troublées par les querelles dogmatiques ou disciplinaires nées de la persécution, comme le schisme novatien à Rome ; elles sont en relations régulières les unes avec les autres, les évêques d’une région prenant l’habitude de se réunir en conciles ; quant à l’unité d’ensemble, elle était assurée par un esprit commun plus que par une hiérarchie organique : la primauté de l’Église romaine s’exerce de façon intermittente, selon les circonstances et l’humeur de ses pontifes, et rencontre souvent des résistances, comme il advint au pape Victor en 190 dans la question de la date de Pâques, au pape Étienne en 256 sur la validité du baptême conféré par les hérétiques. Ces progrès n’auraient pas suffi à eux seuls pour provoquer une nouvelle persécution, car Dioclétien, malgré son attachement aux traditions païennes, n’était pas un fanatique sanguinaire. S’il lança en 296 un édit proscrivant le manichéisme, c’est parce que cette religion nouvelle, où se mêlaient des éléments iraniens et chrétiens, lui parut un danger pour l’unité morale du monde romain au moment de la lutte nationale contre la Perse ; et s’il se décida ensuite à sévir contre les chrétiens, c’est parce qu’à ses yeux les intérêts de l’Etat étaient menacés par leur présence dans l’armée et l’administration : en plusieurs endroits, surtout en Afrique, des soldats incorporés de force avaient refusé les gestes religieux habituellement pratiqués, et ces manquements à la discipline militaire avaient été sanctionnés par des condamnations à mort. Il dut y avoir aussi des incidents dans les milieux civils, puisque toute fonction publique imposait la participation aux cultes officiels, que les chrétiens rejetaient comme idolâtres. Le résultat fut que sous l’influence du César Galère, qui était farouchement hostile au christianisme, Dioclétien procéda en 302 à une épuration de l’armée et de la cour ; puis, à la suite de manifestations subversives, en particulier d’incendies à Nicomédie imputés aux chrétiens, il lança en 303 et 304 successivement quatre édits de persécutions : le premier ne frappait que le culte en ordonnant la destruction des églises et des livres liturgiques, et confirmait l’incompatibilité de la foi chrétienne avec toute fonction ou dignité publiques ; deux autres frappèrent le clergé, puni de prison, puis de mort ; le dernier imposait l’abjuration à tous les fidèles sous peine de mort ou de travaux forcés. La « grande persécution », ainsi qu’on l’appela, sévit cruellement dans tout l’orient : comme toujours, il y eut des apostats (lapsi) ou du moins des faibles qui livrèrent les objets sacrés (les « traditeurs »), mais aussi de nombreux qui versèrent leur sang ou souffrirent dans les mines (les « confesseurs »). En Occident, surtout dans les provinces dont Constance surveillait l’administration (Gaule, Bretagne), il y eut assez peu de martyrs, les autorités s’étant contentées d’appliquer le premier édit. Là où elle fut effective, la persécution dura jusqu’en 311 sans réussir à extirper la religion proscrite : on se lassa de condamner ceux qui refusaient de céder aux injonctions officielles ; les églises interdites subsistaient clandestinement et, comme l’avait écrit Tertullien, un siècle plus tôt, on pouvait constater que « le sang des martyrs était une semence de chrétiens ». Avant de mourir, Galère, qui avait été le principal responsable de la persécution, y mettra fin par un édit de tolérance (311) Dioclétien n’était plus au pouvoir pour reconnaître l’échec de sa politique religieuse ; après avoir célébré solennellement à Rome ses vicennalia, il avait résolu d’abdiquer en même temps que Maximien, au moment où celui-ci commençait sa vingtième année de règne (1° mai 305). Une seconde tétrarchie succéda alors à la première, qui ne dura pas longtemps, et l’anarchie s’installa…/…les circonstances vont ramener de sept à quatre le chiffre des empereurs, sans que l’anarchie soit atténuée. …/… Le système de Dioclétien a pratiquement cessé de fonctionner. Il va s’effondrer totalement le jour où Constantin, envahissant l’Italie et vainqueur de Maxence le 28 octobre 312 au passage du Mont Milvius, aux portes de Rome, se fait reconnaître par le Sénat maximus Augustus : usurpation de souveraineté, reconnue immédiatement par Licinius et Maximin Daïa lui-même qui s’inclinent devant la force ; coup d’Etat, qui restaurait pour un jour l’autorité sénatoriale mais au lendemain duquel le destructeur de la tétrarchie allait fonder un nouveau régime, pleinement monarchique cette fois. L’entrée de Constantin à Rome en octobre 312 portait le coup de grâce à la Tétrarchie. Le vainqueur s’adressa au Sénat pour légitimer son usurpation ; mais c’est la dernière fois que la haute assemblée, bien déchue de ses anciens pouvoirs, surtout depuis que la Ville Éternelle n’est plus résidence impériale, joue un rôle dans l’investiture d’un empereur. D’autre part, quoique Constantin ait dû à ses soldats son avènement de 306 et son accession en 312 à la souveraineté, il rompit avec les méthodes du III° siècle et rabaissa le rôle de l’armée : les princes du IV° siècle ne seront plus des empereurs militaires, mais des monarques absolus qui transmettent leur pouvoir par leur seule volonté à des hommes de leur choix, pris dans leur famille autant que possible. En outre, l’auteur de cette révolution politique accomplit une autre révolution, non moins importante, en se convertissant en 314, au christianisme[10] et en donnant à l’Église, naguère persécutée, toutes les faveurs de l’État. A tous égards, s’ouvre une ère nouvelle, où se manifeste encore l’influence de l’Orient. Jean Remy Palanque L’empire universel de Rome. 1956
[1] La fête de Pâques avait été instituée par les Hébreux, bergers nomades dès l’origine, pour attirer la protection divine sur les troupeaux partant estiver. [2] Le Chanoine Dangoisse, de l’Université de Namur, situe les ordres de grandeur en matière de datation : « Quand on pense que les plus anciens manuscrits de Virgile sont de quatre siècles postérieurs à cet écrivain, ceux de Platon, de treize siècles, et ceux d’Euripide, de seize siècles ! » [3] On est tout de même en droit de suspecter l’impartialité de Sénèque… puisqu’il y avait été exilé, avant de devenir le précepteur de Néron. [4] Les recherches les plus récentes feraient en fait remonter l’existence du papier en Chine au 3° siècle av JC. [5] Le siège de ces constructions est bien sûr la capitale, Tch’ang-ngan, sur le cours de la Wei, un peu en amont de sa confluence avec le Hoang-Ho. [6] On leur doit entre autres notre chère Méditerranée : au milieu des terres. [7] Mais, après tout, en notre XXI°siècle, le cochon représente un des espoirs de greffe d’organe compatible sur l’homme. Le Dr Sachs, grand manitou d’un laboratoire de Boston spécialisé dans la greffe d’organe de cochon sur l’homme, affirme que tous les organes fonctionnent à peu près de manière semblable chez un homme et un autre mammifère : seul diffère le cerveau. Il suffit de parvenir à modifier génétiquement le cochon pour lui enlever le gène qui gêne, à l’origine d’un sucre - l’alphagal - que ne supporte pas l’homme. [8] Le terme pape n’est pas nouveau : il est un titre de vénération que l’on le trouve déjà chez Homère ; c’est lorsque l’évêque de Rome se considérera au-dessus des autres évêques qu’il adoptera ce qualificatif. [9] Il y eut dans l’histoire de Rome quelques périodes où le Sénat reprit le principe collégial des deux consuls : il y eut donc parfois deux empereurs. [10] Déjà acquis au christianisme, il avait fait mettre, à la suite d’une vision, le signe de la croix sur le bouclier de ses hommes.
311 - 313 Les édits de tolérance - dont l’édit de Milan en juin 313 - mettent fin aux persécutions contre les chrétiens. : restitution aux églises des biens confisqués, exemptions de charges pour le clergé chrétien. Ce n’est que bien plus tard, à la fin du IV° siècle que la Gaule s’ouvrira franchement au christianisme qui, jusque là, n’aura été le fait que d’une minorité de Grecs ou d’Orientaux parlant le grec. En 313, Constantin partage encore le pouvoir avec Licinius, devenu son beau-frère, maître de toutes les provinces danubiennes jusqu’au Bosphore. Il se brouille avec lui un an plus tard et le combat en Pannonie et en Thrace, sans pouvoir l’abattre. Le compromis qui s’ensuit consacre le partage de l’empire. 318 Constantin se plait en Arles, la petite Rome des Gaules : Arles est si heureusement placée, le commerce y est si actif, les négociants y viennent en si grand nombre qu’on y draine tous les produits de l’univers : richesses de l’Orient, parfums de l’Arabie, délicatesses de l’Assyrie s’y trouvent en si grande abondance qu’on les croirait des produits du terroir. vers 320 La terre est plate : qu’on se le dise : Qui serait assez insensé pour croire qu’il puisse exister des hommes dont les pieds seraient au-dessus de la tête, où des lieux où les choses puissent être suspendues de bas en haut, les arbres pousser à l’envers, ou la pluie tomber en remontant ? Où serait la merveille des Jardins de Babylone s’il nous fallait admettre l’existence d’un monde suspendu aux antipodes[1] ? Lactance, précepteur du fils de l’empereur Constantin.(260-325) 8 11 324 Constantin est parvenu finalement à éliminer son collègue Licinius par deux victoires en Thrace et en Bythynie : il décide de faire de Byzance sa nouvelle capitale : c’est bien un acte de réunification de l’empire, sous le signe du christianisme, dont le monothéisme convient bien à la conception du pouvoir absolu qu’incarne l’empereur. Printemps 325 Le corps de la foi nouvelle est fermement décliné, face à l’arianisme : on l’appelle alors Symbole de Nicée[2], - ce autour de quoi l’on se réunit - qui deviendra le Credo Credo in unum Deum Patrem omnipotentem, factorem cœli et terrae, visibilum omnium et invisibilium. Et in unum Dominum, Jesum Christum, Filium Dei unigenitum. Et ex Patre natum ante omnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero. Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt. Qui propter nos homines, et propter nostram salutem descendit des cælis. Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine : Et homo factus est. Crucifixus etiam pro nobis : sub Pontio Pilato passus, et sepultus est. Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas. Et ascendit in cælum : sedet ad dexteram Patris. Et iterum venturus est cum gloria, judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis. Et in Spiritum Sanctum, Dominum, et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit. Qui cum Patre et filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas. Et unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam. Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum. Et exspecto resurrectionem mortuorum. Et vitam venturi sæculi. Amen.
Je crois en Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur ; qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie ; a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; est descendu aux enfers, est ressuscité des morts le troisième jour ; est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout Puissant, d’où il reviendra juger les vivants et les morts. Je crois au Saint Esprit, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. Traduction Missel Feder 1956 Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, né de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu Engendré non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Ecritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen Traduction 2006 Mais Constantin attendra tout de même la veille de sa mort, en 337, pour se faire baptiser. Jusque là symbole des légions, l’Aigle romaine le cède à la Croix. La légende veut que sa mère Hélène ait découvert la croix du Christ en grattant le sol du Golgotha : ce sera l’étendard principal du fonds de commerce du christianisme pendant plusieurs siècles, les fantassins étant les innombrables reliques des non moins innombrables saints. Nul ne peut dire combien de tonnes aurait pesé la croix que le Christ porta sur le Golgotha si l’on se mettait à additionner le poids de toutes les morceaux de la « vraie croix » qui se trouvent en tous lieux de terre chrétienne. Les empereurs ne furent pratiquement jamais fanatiques ; l’esprit de tolérance marquait leurs décisions : Le paganisme n’est pas pour autant tracassé ni même séparé de l’État : l’empereur, qui demeure pontifex maximus, s’intitule, dans une formule souvent mal comprise, « l’évêque de ceux qui sont en dehors de l’Église »; il n’intervient dans les affaires du paganisme que pour le contrôler, l’épurer, condamnant par exemple la magie, l’haruspicine privée ou la philosophie néo-platonicienne ; et les temples, les sacerdoces, même ceux du culte impérial, conservent leur caractère officiel, leurs subventions. Mais à côté du paganisme, le christianisme devient une autre religion d’Etat : les principes évangéliques inspirent la législation, préoccupée désormais de moralité et de charité ; on proscrit le divorce, la prostitution, les mauvais traitements aux esclaves et aux prisonniers ; le dimanche est même reconnu comme jour férié ; et les évêques sont gratifiés de subventions et de dotations pour la construction et l’entretien des « basiliques » (à Rome, le Latran et le Vatican ; aux Lieux Saints de Palestine, le Saint-Sépulcre, la Nativité ; à Constantinople, les Saints-Apôtres, Sainte-Sophie). Enfin le prince intervient dans les querelles ecclésiastiques afin d’imposer l’ordre et la paix : ce fut le cas en Afrique, pour le schisme donatiste ; en Orient, pour l’hérésie arienne. Le donatisme était né d’une réaction des fanatiques contre les autorités ecclésiastiques jugées trop indulgentes pour les apostats repentants et par là complices de leur péché ; ce qui était particulièrement grave dans un milieu où l’on considérait comme invalides les sacrements conférés par des indignes. En face de l’évêque de Carthage, Cécilien, l’opposition se rallia autour de Donat : le « parti des martyrs » se dressait contre « l’Église des traditeurs », et en 312 toutes les provinces africaines étaient déchirées par le schisme. Dès 313, Constantin fut appelé à juger le litige, auquel il ne pouvait d’ailleurs rester indifférent : entre deux prétendants à un siège épiscopal, il fallait choisir lequel bénéficierait des subventions officielles. Il confia la cause d’abord à l’évêque de Rome Miltiade assisté de prélats gaulois, qui s’adjoignit des Italiens (concile de Latran, octobre 313), puis à un concile de tout l’Occident réuni à Arles (août 314) ; l’un et l’autre condamnèrent les donatistes en reconnaissant la légitimité de Cécilien. C’était déjà trop de deux décisions ; l’empereur accepta néanmoins de reprendre l’examen de la cause et après de nouvelles enquêtes trancha lui-même dans le même sens en 316. Les schismatiques, tenaces et procéduriers, avaient ainsi gagné du temps et pu s’étendre surtout en Numid |